Dégradation des conditions détention: le BINUH avait tiré la sonnette d'alarme

Onze détenus, neuf aux Cayes et deux à Jacmel, sont morts cette semaine. Les conditions de détention sont pointées du doigt. Dans son rapport de juin 2021, le BINUH avait attiré l’attention des autorités sur les dégradantes conditions de détention en Haïti.

Crédit Photo: BINUH
Dégradation des conditions détention: le BINUH avait tiré la sonnette d'alarme

Les conditions dans lesquelles les prisonniers sont gardés à travers les différents centres carcéraux du pays se sont entièrement dégradées. La juridiction des Cayes n'est pas exempte. Huit détenus sont morts cette semaine des suites des conditions dégradantes de détention.

Dans une conférence donnée le 21 juin, le commissaire du gouvernement des Cayes a passé au peigne fin la situation de la prison civile. ''La prison civile des Cayes est en manque de tout dont l'eau potable, or il fait extrêmement chaud en ce moment" a informé le CG Me Ronald Richemond qui invite la population à venir en aide aux prisonniers qui méritent un traitement digne.

Par ailleurs, le CG souhaite la reconstruction du bâtiment de la prison qui a été sévèrement endommagée par le passage du tremblement de terre du 14 aout 2021 afin de désengorger les cellules.

Dans la foulée, le chef de la poursuite a lancé un appel à l'aide. ''Les membres de la population peuvent d'une manière ou d'une autre apporter leur soutien aux prisonniers" a demandé le CG Ronald Richemond, annonçant en outre des mesures pour lutter contre la détention préventive prolongée.

La prison civile des Cayes héberge la quasi totalité des détenus des Départements de la Grand'Anse et du Sud. Elle est touchée de plein fouet par la surpopulation carcérale. Si les autorités du Sud'Est n'ont jusque-là pas lancé d'appel à l'aide, cela ne signifie pas que leur situation est différente. Les centres de détention manquent de tout, les personnes privées de liberté sont gardées dans des conditions dégradantes pour leur nature humaine.

Dans son rapport sur les conditions de détention en Haïti titré "Nap mouri! (On meurt!), le Bureau intégré des nations unies en Haïti (BINUH) avait invité les autorités à déployer des efforts pour améliorer les conditions de détention. Dans ledit rapport, le Service des Droits humains (SDH) du BINUH a qualifié d'extrême, la situation de surpopulation de la majorité des lieux de détention. "En effet, l’espace moyen par personne dans les cellules des lieux de détention visités par le SDH est de 0,57 m2 pour les hommes, de 0,88 m2 pour les garçons et de 1,37 m2 pour les femmes et les filles. Dans certaines cellules pour hommes de la prison civile des Cayes, du commissariat de Petit-Goâve et de la prison civile du Cap-Haïtien, la superficie par personne est limitée à aussi peu que 0,23 m2, 0,26 m2 et 0,31 m2 respectivement" a indiqué la mission des nations rappelant que la norme nationale est de 2,5 m2 par personne. Cette surpopulation a de graves conséquences sur les conditions de détention.

La réalité des personnes en situation de privation de liberté décrite dans ledit rapport est triste. 60 détenus sont, dans certains cas, entassés dans un espace de 20 m2. L'eau de boisson manque. Des détenus peuvent passer deux jours sans se baigner malgré la forte chaleur des cellules. Les détenus n'ont pas accès à une nourriture saine et équilibrée, ni à des soins de santé de qualité. Ils n'ont pas d'endroit pour dormir, certains sont enfermés dans le noir même durant la journée et n'ont pas accès au plein air. Les violences des agents de la Direction de l'administration pénitentiaire (DAP) et les mauvaises conditions de détention ont poussé des détenus à déclarer au SDH « On est plus capable de vivre comme ça, notre vie est pire que celle des animaux. »

Entre-temps, l'État haïtien n'a pris aucune disposition concourant à l'amélioration de la situation des détenus. Le nombre de détenus en situation de détention préventive prolongée augmente. Des prisonniers décèdent en prison. Le mardi 21 juin, Ylysse Joseph, détenu à la prison civile de Jacmel a tenté de mettre fin à ses jours, après deux années en détention préventive prolongée.

 

Jodel ALCIDOR


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