Lutte contre contre le trafic illicite : les douaniers doublement victimes

Les agents de la douane haïtienne jouent un rôle fondamental dans la lutte contre le trafic illicite, la serrure à la porte. À chaque saisie, les autorités judiciaires ont volé la vedette. Laissés pour compte, les douaniers se retrouvent dans le viseur des contrebandiers parfois des années après les saisies.

Crédit Photo: Loop
Lutte contre contre le trafic illicite : les douaniers doublement victimes

De nos jours, la douane n'est plus limitée à une mission de moteur pour le développement d’un pays. Outre sa mission fiscale consistant pour ses agents à percevoir les droits de douanes et les parafiscalités sur les marchandises importées à destination du pays, la douane a aussi une mission économique. C'est grâce à cette tâche que l'institution favorise l’essor économique en assurant la libre concurrence commerciale, en luttant contre la fraude, la contrefaçon, etc. Outre ces deux missions, elle a aussi une mission de protection.

Cette dernière ouvre la voie au social comme autre domaine de compétence de la douane outre le fiscal. À titre d'exemple, on peut mentionner la protection de la santé publique, la lutte contre la drogue et le trafic des stupéfiants ; la protection du consommateur ; le contrôle du respect des normes techniques de sécurité de certains articles importés; la protection de l’environnement, la protection de la sécurité publique par le contrôle à l’importation de matériel de guerre ; explosifs, armes et munitions, etc. Le personnel des différents services de la douane en leur champ de compétence, assurent l'atteinte des objectifs tant économiques que sociaux.

En dépit des difficultés logistiques, les agents de la douane assurent la protection du pays en prêtant attention, aux produits qui y entrent dans les différents points d'entrée officielle des voies maritimes, aériennes et/ou terrestres. Ces derniers jours, les douaniers de Port-au-Prince et Port-de-Paix se sont retrouvés sous le feu des projecteurs. Leur vigilance a conduit à la saisie de plusieurs cargaisons d'armes et de munitions. Ces saisies ne sont pas dues au hasard, tout un système est mis en place pour produire ce résultat, une source du journal au sein de l'AGD est revenue sur la procédure à suivre dans les ports.

"À l'arrivée du bateau, la première étape est l'inspection. Des douaniers, accompagnés de l'APN [Autorité portuaire nationale,ndlr], la PNH [Police nationale d'Haïti, ndlr], le SEMANAH [Service maritime de navigation d'Haïti] et de l'immigration vont inspecter le bateau, vérifier si tout est dans l'ordre avec les marins et le capitaine. À ce moment là, il n'y a aucun contact avec les marchandises" a-t-elle indiqué. L'inspection une fois franchie, le navire recevra l'autorisation de débarquer. 

"Le douanier suivra le processus de débarquement des marchandises. Chacune d'entre elles a généralement un numéro. Dépendamment de ce que le bateau transporte, ce numéro peut être inscrit directement sur le produit. Donc durant ce processus de débarquement, le douanier aura à faire ce qu'on appelle le pointage. Avec le manifeste en main (le manifeste est le document ou est inscrit tout ce que le bateau transporte avec le numéro de chaque marchandise), le douanier aura à noter chaque marchandise qui a débarqué suivant la liste qu'il a en main. Par exemple si une voiture a comme numéro 10233. Ce même numéro doit être inscrit dans le manifeste que détient le douanier avec les spécifications du véhicule. Il doit constater que telle marchandise a laissé le bateau et la noter" a poursuivi notre source qui est un agent douanier assermenté ayant à son actif 7 années de service.

Selon la procédure établie, chaque étape est réalisée sous la supervision de douaniers différents. Ce ne sont pas les mêmes agents qui réalisent les différentes tâches. "Chaque étape est réalisée par un groupe de douaniers. Ceux qui inspectent le bateau et suivent le débarquement sont dans le service de pointage. Ceux qui vérifient les marchandises et ceux qui en font la livraison sont respectivement affectés aux services de vérification et de livraison" a cru utile de préciser l'agent douanier avant de revenir sur les deux dernières étapes. "Une fois la marchandise entreposée, quand son propriétaire est prêt, il formule une demande de vérification. Alors en présence du propriétaire, les douaniers procèdent à la vérification de la marchandise. C'est à cette étape que le douanier peut découvrir s’il y a quelque chose de louche. À la fin de la vérification, le propriétaire pourra continuer le processus de dédouanement, payer les frais, etc. Les douaniers verront la marchandise pour la dernière fois à la livraison"a-t-elle précisé.

Ainsi, tout repose sur les agents de la douane particulièrement ceux qui vont procéder à la vérification des marchandises. La tâche d'alerter les agents de la PNH en cas de découverte de colis suspects ou avec des contenus illégaux leur est incombée. À chaque saisie, les agents et intervenants de la justice haïtienne récoltent toute la gloire, les douaniers quant à eux se retrouvent dans le viseur des trafiquants. Deux agents de la douane affectés au port de Saint-Marc ont fait cette douloureuse expérience. Des années après une saisie, ils ont été contraints de prendre le marquis. Pour eux le 2 septembre 2020 débutait une journée comme les autres. Ils furent affectés à la vérification des marchandises. En accomplissant leur tâche ils firent une grande decouverte!

"En vérifiant un container avec mon collègue nous avons trouvé 5 armes de guerre et 3 000 cartouches" relate l'un d'eux. Ils alertèrent les autorités judiciaires et un juge de paix se transporta sur les lieux pour procéder au constat légal et ordonner la levée de marchandise illégale et c'est à ce moment que commença le calvaire des deux agents douaniers. "Après la saisie je commençais à recevoir des menaces de mort via des appels anonymes" nous indique cet agent qui pour avoir la vie sauve a laissé le pays. Son collègue quant à lui vit toujours en Haïti la peur au ventre.

Ces deux agents n'ont pas été récompensés pour leur droiture. Comme tant d'autres douaniers ils n'ont fait que leur travail diraient certains alors pourquoi leur vie a été basculée ce 2 septembre 2020. L'État ne devrait-il pas prendre des mesures pour garantir la sécurité de nos douaniers? La lutte contre la contrebande ne saura se limiter à moderniser les structures douanières.

En faisant un travail noble pour le pays, les agents douaniers sont doublement victimes. Pauvres vérificateurs.

 

Jodel ALCIDOR


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